Saint-Matthieu (1927) forme avec une autre oeuvre de Breker, datant de la même époque, La Prière (1929), une sorte de dyptique d'un style encore très marqué par l'art d'Auguste Rodin; bien que Breker ait pris soin de souligner son indépendance : "Sans doute Rodin a-t-il exercé une énorme influence sur moi. Mais la structure architectonique de mon oeuvre, l'érection du corps et la disposition de la draperie ont quelque chose de tout à fait différent du style de Rodin. Peut-être cela a-t-il une rapport avec la technique du modelage..."

Suivant une ligne oblique d'un angle accusé, l'Évangéliste, vêtu d'une longue robe et d'une lourde cape jetée sur ses épaules, fléchit en arrière. 

La tête est renversée vers le ciel, le bras droit, dont la main tient fermement par la tranche l'épais manuscrit appuyé sur sa cuisse gauche, suit une ligne parallèle à celle du corps et de cette jambe tendue en avant. La jambe droite constitue l'étai de la statue, alors que le bras gauche est replié pour amener la main ouverte en corolle à hauteur de l'épaule opposée, dans ce geste caractéristique de l'Inspiré qui, dirait-on, cherche ainsi à rassembler en lui toute sa ferveur, pour mieux l'exprimer à Celui qui l'inspire et vers lequel tout son être tend et s'étire.

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"Dans ce   renversement hardi, note Charles Despiau, on ne sent pas le virtuose de la forme qui s'y trouve, et ce n'est pas peu de chose que de le faire oublier; le propre d'un art accompli, c'est de transfigurer par l'émotion pathétique ce qui pourrait n'être que virtuosité."